CORNELIUS DE BILL BABOUL [ENTRETIEN]

CORNELIUS DE BILL BABOUL [ENTRETIEN]

Bulles de Bronze — 2013 — Giclée print — Various dimensions — Courtesy artist

 

Basé à Berlin, Cornelius de Bill Baboul privilégie la diversité et l’insolite pour choisir les médiums avec lesquels il travaille, jusqu’à pouvoir créer des œuvres fantasques, cyniques, bizarres : Fontaine d’urine, Musée du fromage pour rats, … l’artiste sait se servir de son art pour déjouer les codes et bousculer les attentes du spectateur. Si certaines de ses œuvres questionnent la notion d’artifice (Thirsty, then boosted), c’est la quête de vérité et la recherche d’une certaine forme d’objectivité qui intéressent avant tout l’artiste. Quitte à la pousser à un degré miraculeux proche du feu d’artifice, « pour voir si elle a quelque chose à dire ».

 

Quel est ton rapport à la curiosité ? 

 

Le monde entier est un cabinet de curiosités, certaines deviennent banales par habitude et par familiarité mais si on les ré-interroge, on se rend compte que l’économie mondiale, le Canard WC®, les icebergs etc. sont des bizarreries. Peut être qu’à travers mon travail, je m’applique à réactiver leur curiosité et la mienne à leur égard.

 

Tes œuvres laissent une grande place au détournement (Portraits obscènes, Bulles de bronze) …

 

Le détournement m’apparaît comme étant politique ou engagé, alors que j’essaie d’être dégagé dans mon travail. J’apparente plutôt mes créations à des coups de volant arbitraires et aux regards qu’on lancerait à la route qu’on n’aurait pas prise sans ça, en espérant faire des découvertes… et éviter les ornières menant au parking des lieux communs. C’est aussi libérateur de ne pas utiliser les choses pour ce à quoi elles ont été prévues. Une sorte d’anti-design où « disform follows dysfonction » en réponse à l’adage fonctionnaliste abrutissant. Les objets aussi sont alors « libérés de leurs fonctions » et peuvent offrir de nouvelles perspectives. 

 

Portraits Obscènes n°23 & n°5 (Glouton & Millionnaire) — 2012 — Ink on pornographic journal — 63 x 41 cm (framed) — Courtesy artist

 

Quelles ont été les étapes d’élaboration de ton projet Thirsty, then boosted ?  

 

J’ai acheté une bouteille de sport drink bleue parce que je trouvais ça trop bizarre. Je l’ai d’abord laissé dans mon studio pour la contempler, puis un jour où j’avais des renoncules, j’en ai placé une dedans comme dans un vase. Dès le lendemain, elle a commencé à changer de couleur. J’ai ainsi développé une série de photographies autour de ces transformations.

 

Thirsty, then boosted — Courtesy artist

 

Comptes-tu reproduire ce type d’expérimentations entre art et science ? Réaliser de nouvelles expériences ?  

 

Oui, absolument. Pour l’instant je fais des additions, 1+1, mais je travaille à l’organisation d’opérations plus complexes. En ce moment j’élabore des robots commandés par des poissons qui interagissent avec des oiseaux, d’autres expériences avec des levures… J’aimerais travailler avec des chercheurs et des scientifiques pour des projets spécifiques. À mon sens la science est une porte vers la connaissance et l’art vers nos émotions. Quand on fusionne les deux, on peut espérer atteindre quelque chose de spirituel et qui nous dépasse complètement.

 

Quel regard portes-tu sur notre époque ?  

 

On vit une époque complexe mais ultra intéressante, fascinante et historique, semblerait il. Il y a comme plusieurs réalités et niveaux de réalités qui cohabitent. Toutes les avancées scientifiques et technologiques nous propulsent dans des zones non-pensées et on se demande si cela va basculer du côté de la dystopie ou de l’utopie. Peut être que les deux aussi vont cohabiter et créer différentes branches, différentes sphères, différentes classes ? C’est surtout une époque complètement imprévisible sur presque tout les plans, avec des millions de scénarios possibles, c’est dur de s’en faire une idée claire car ça change et s’accélère tous les matins. On vit presque dans le futur !

 

Crédits photo : Cornelius de Bill Baboul.

Entretien réalisé en 2019.

Propos recueillis par Lisa Toubas.

Site web de l’artiste